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Favoriser la biodiversité sur un campus universitaire, le défi du participatif !

Partant de l’expérience éprouvée à l’Université Catholique de Lille, cet article relate la dynamique menée sur le campus en faveur du maintien de la biodiversité.  Depuis quelques années, elle se traduit par une implication d’étudiant.es et de salarié.es autour de projets collaboratifs : potager partagé, potager sur le toit, grainothèque, animations… Mais intéressons-nous en premier lieu au patrimoine historique, culturel, pédagogique et écologique, développé dès 1875, année de fondation de l’Université Catholique de Lille …

Un patrimoine historique, culturel, pédagogique et écologique

C’est en 1884 que le chanoine Nicolas Boulay (1837-1905), l’un des fondateurs de l’université, premier titulaire de la chaire de Botanique et doyen de la faculté des sciences, envisagea le projet de création d’un jardin botanique. En effet, celui-ci, créé en 1885, était indispensable à l’époque, pour les études de pharmacie, de médecine et de sciences.

Sur la base d’un catalogue du jardin botanique, édité à l’usage des étudiants en 1892, il a été possible de recenser de manière presque exhaustive les plantes présentées à l’époque, introduites selon les plans de Nicolas Boulay, botaniste reconnu nationalement et internationalement.

Dans ce catalogue, c’est l’extrême richesse des collections présentées qui interpelle : un millier de plantes herbacées, dont beaucoup d’espèces de montagne et plusieurs espèces aujourd’hui rarissimes ou protégées. Toutes les familles de plantes de France sont représentées, mais on trouve également un certain nombre d’espèces exotiques introduites de pays étrangers. Des bassins hébergeaient une vingtaine de plantes aquatiques ou amphibies. Les arbres et arbustes sont situés essentiellement à la périphérie, disposition encore visible de nos jours, afin de ne pas nuire à l’éclairement des parcs d’herbacées. Environ cinq cent espèces de ligneux sont présentées, ce qui constitue, sur une surface aussi réduite, une biodiversité maximale.

Parmi les espèces d’origine, certaines sont encore présentes de nos jours et résultent fort probablement d’une plantation datée de cette époque, même si naturellement certains autres arbres ont pu être plantés par la suite. Des serres comprenaient environ cent vingt espèces et une orangerie, une soixantaine.

Les serres, l’orangerie, les bassins, les châssis ont été détruits par la construction de bâtiments, de parkings, de pelouses. Néanmoins, la valeur du jardin est encore reconnue de nos jours, par de nombreux citoyens lillois. Le jardin s’est vu attribuer un label, des associations professionnelles en demandent la visite commentée, et même si les enseignements de pharmacie ont cessé et que la botanique ne fait plus partie des disciplines enseignées en médecine, le jardin sert encore d’outil pédagogique pour les étudiants de cursus scientifiques. Les personnels, les étudiants et de nombreux visiteurs de passage, ainsi que les habitants locaux apprécient ce lieu de détente et de valeur paysagère dans une ville densément urbanisée possédant l’un des plus faibles taux d’espaces verts par habitant d’Europe.

Mais, au-delà d’un cadre de vie, le jardin constitue plus qu’un décor. Une centaine d’espèces de ligneux, le double d’herbacées et de nombreuses espèces animales y subsistent, faisant de ce site un maillon majeur dans la connectivité du cœur de biodiversité que constituent la citadelle et le jardin Vauban tout proches.

Savez-vous que le campus héberge une population de fouines, qu’il n’est pas rare d’y voir des chauves-souris et que des conversations peuvent même être interrompues par le passage d’un grimpereau des jardins le long d’une façade ?

Une dynamique régionale, un forum ouvert et des idées abondantes

En 2013, la Région Hauts-de-France, accompagnée par Jeremy Rifkin, se lance dans Rev3, la Troisième Révolution Industrielle. En mêlant innovations technologiques et nouveaux usages, la Région et tous ses acteurs s’engagent pour la transition vers un territoire et une économie plus respectueux et durables.

Les Universités régionales décident d’avancer ensemble vers l’objectif d’Universités Zéro Carbone. A l’Université Catholique de Lille, c’est avec le programme Live Tree que prend forme l’engagement de l’Université vers la neutralité carbone.

Le programme « Lille Vauban Esquermes en Transition Énergétique, Écologique et Économique » revendique une approche systémique, technique, humaine et sociale, expérimentale et à la fois en conditions réelles. L’axe « Nature en ville » en est un pilier.

En 2016, un forum ouvert est initié à l’Université sur le thème « Que faire pour contribuer à la révolution énergétique de notre campus ? ». A l’issue de ce forum, se forme un collectif mixte d’étudiant.es et de salarié.es autour d’un projet de potager partagé.

Étudiant.es et salarié.es ont décidé ensemble de ce qu’ils voulaient faire de ce jardin, comment ils l’imaginaient, sans experts en jardinage dans l’équipe mais quelques personnes qui pratiquaient. Le collectif a visité d’autres jardins potagers de Lille pour s’inspirer.

Des collègues porteurs du projet ont organisé des réunions sur le temps du midi pour co construire ce jardin.

Le collectif décide alors d’un jardin ouvert avec cueillette pour tous (même pour ceux non impliqués dans le collectif) et gestion et entretien par tous sur le temps personnel. Il bénéficie d’un accès à un petit bout de parcelle du jardin principal de l’université (un jardin de plantes médicinales majoritairement) et commence par des prélèvements de sol pour les faire analyser avant toute plantation et avant tout semis. Au fur et à mesure de l’année, la participation d’étudiant.es se tarit, fait lié aux stages, congés et études chronophages. Les résultats des analyses de sol ayant montré une pollution en métaux lourds (plomb, cadmium et cuivre) assez élevée, le collectif décide de créer des carrés potager pour partir sur du « hors sol ». Tout cela a pris du temps, certains salarié.es quittent progressivement le collectif car ce qu’ils voulaient c’était jardiner ou apprendre à jardiner. Et, Il est probable que d’autres préféraient finalement utiliser leur temps pour des activités personnelles plus individuelles.

En 2018, Laëtitia Devigne, chargée d’études en écologie à la FGES, encadre des étudiants sur des projets de jardins partagés.

Pour ne pas abandonner le projet, des étudiants en science de la vie sont missionnés sur l’entretien et la gestion du jardin potager. La 1ère année, 6 étudiants ont construit 5 carrés avec des palettes de récupération ; la 2ème année 4 étudiants ont planté/semé quelques légumes mais n’ont pas pu proposer d’animations particulières autour ces carrés puisqu’il y a eu le confinement de mars 2019.

En 2020-2021, deux étudiants ont repris le projet jusqu’au confinement de fin octobre. Ils préparent alors des semis chez eux qu’ils viennent transplanter à la mi-décembre. En vous baladant, vous apercevrez un carré de phacélie, des plants de mâche et de mizuna.

Un deuxième jardin sur un toit !

Un second jardin voit le jour sur le toit d’un des bâtiments de l’université. Bénéficiant de la réhabilitation d’un ancien bâtiment, un nouveau collectif propose de végétaliser la toiture. Il aura donc le privilège de cultiver en hauteur avec les avantages et contraintes que cela engendre.

Le jardin a été aménagé par un paysagiste spécialiste des jardins sur toit, en juillet 2020. Trois bacs de 13, 22 et 35 m² ont été végétalisés de sorte à créer un jardin agréable, fonctionnel, utile et permettant de nouer des liens profonds et pérennes.

Aujourd’hui se pose la question de l’animation du bac dédié au potager de 35 m2  en tirant des leçons de la 1ère expérience de 016.

Des étudiantes de master 2 en écologie ont d’ailleurs travaillé pendant plus de 5 mois sur l’élaboration d’un planning d’animations à proposer à tous les salarié.es  et étudiant.es  autour de 3 catégories : jardin, écologie et culture & bien-être.

A côté de ce planning, sont prévues des animations plus régulières (1 fois/semaine) autour du potager partagé pour permettre à celles et ceux qui le souhaitent d’apprendre à jardiner ou de jardiner.

Un coach-jardinier va accompagner les participants sur une année complète afin de pratiquer le jardinage sur les 4 saisons. Ainsi les participants pourront se sentir écoutés, guidés et pourquoi pas prendre plaisir à jardiner. L’idée est de créer un collectif solide qui pourra transmettre ses savoirs aux nouveaux membres sans avoir besoin de la présence d’un animateur pour les années suivantes.

Et la faune dans tout ça ?

En 2020, suite à l’engagement d’étudiant.es du master Ecologie Opérationnelle de la FGES, sur un sujet d’étude autour de la biodiversité, les jardins devant le bâtiment de la Faculté de Médecine et Maïeutique sont désormais labellisés « Refuge LPO » par La Ligue de Protection des Oiseaux.

11 nichoirs à oiseaux et 2 bois percés pour les insectes sont installés, ainsi que des distributeurs silo pour boules de graisse et des mangeoires.

Les projets et réalisations en faveur de la biodiversité sur le campus ne manquent donc pas, et les contributions des usagers non plus.  Néanmoins, cela nécessite une vigilance accrue sur la manière de structurer nos projets et leur appropriation par les étudiant.es et salarié.es.

Article réalisé à partir d’articles et contributions divers (Le jardin Nicolas Boulay (janvier 2012), «Vues d’Ensemble» n°50, LiveTree Mag, …) / Crédit photo : Freepik