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La dynamique REV3 est-elle créatrice d’emplois en Hauts-de-France ?

La dynamique REV3 (pour Troisième Révolution Industrielle) initiée en 2013 par la Chambre de Commerce et d’Industrie et la Région Hauts-de-France, s’est donnée pour objectif d’accompagner la transition des acteurs économiques vers une économie décarbonée à l’horizon 2050.

Cette transition est encouragée au travers du soutien aux domaines suivants, soit 8 piliers :

  1. Passer aux énergies renouvelables (éolien, solaire, géothermie, hydroélectricité),
  2. Développer des bâtiments producteurs d’énergie,
  3. Se doter de capacités de stockage des énergies,
  4. Déployer l’internet de l’énergie,
  5. Réinventer la mobilité des personnes et des biens

et de 3 modèles économiques :

  1. L’économie circulaire,
  2. L’économie de la fonctionnalité
  3. et l’efficacité énergétique.

Matthieu Belarouci, Directeur de l’Anthropo-Lab – ETHICS EA 7446 (Université Catholique de Lille) et Loïc Aubrée, Consultant senior à la Chaire des explorateurs et de la transition (Université Catholique de Lille) ont finalisé une étude visant à établir un bilan de l’emploi lié à la politique des Hauts-de-France en faveur de la Troisième Révolution Industrielle. La dynamique REV3 a-t-elle eu un effet positif en termes de création d’emplois ?

Une méthodologie alternative de recensement et de collecte des données

Nous rappelons en premier lieu la méthode générale employée dont l’objectif était d’établir une estimation micro de l’emploi lié à la TRI en Hauts-de-France, principalement au sein des entreprises.

L’étude a porté sur le recensement de 26 771 entreprises dont le siège est situé dans les Hauts-de-France. 6 403 d’entre elles sont identifiées comme étant fortement liées à rev3. L’analyse reposait sur une estimation micro et prudentielle, c’est-à-dire que seul l’emploi observé au niveau des entreprises est considéré et collecté au travers des données comptables et déclarations (sources : Diane-Bureau van Dijk & Astree).

L’identification des entreprises liées à rev3 reposait sur deux stratégies de collecte d’informations employées pour identifier les entreprises liées à rev3 :

Recours aux annuaires spécialisés de groupements et structures diverses liés à rev3 (SINOE, FIBOIS, FEDEREC, MEDEE, Pôlénergie…).

Requêtes par mots clés sur la base Astride de HDFID. Les mots clés ont été élaborés avec les parties prenantes de rev3, de l’ADEME et de la Chaire des Explorateurs de la TRI de l’Université Catholique de Lille. L’emploi est mesuré soit par déclaration des entreprises, soit par estimation économétrique fondée sur les valeurs comptables (masse salariale brute chargée, total bilan et appartenance sectorielle Insee).

La croissance en emplois est dérivée de l’évolution de l’emploi moyen entre 2013 et 2018. Il s’agit de la méthode end-sizing utilisée par l’INSEE pour évaluer l’évolution de l’emploi (Bacheré, Mirouse et Brassier, 2021). Nous contrôlons l’estimation de l’évolution de la structure de l’échantillon, c’est-à-dire de l’entrée d’entreprises de grande taille susceptible d’augmenter virtuellement l’emploi moyen. Des biais inhérents : Les biais méthodologiques inhérents à ces estimations ont été atténués (PPEC, 2018) .

-Nous n’avons focalisé que sur les entreprises dont les sièges sont situés dans les Hauts-de-France. L’estimation suppose donc l’hypothèse de concentration des effectifs dans la région. Inversement, nous excluons les acteurs intervenant dans les Hauts-de- France mais dont les siège est situé dans une autre région pour atténuer ce biais. Les emplois liés à l’intérim ne sont pas intégrés. Il représentait 8% des emplois des Hauts-de-France fin 2020. Les emplois publics relevant des activités de rev3 ne sont pas intégrés à ce recensement. L’étude ne focalise que sur les emplois directs observables au niveau des entités employeuses. Les emplois induits ne sont pas intégrés.

Il résulte de ce travail l’identification de 2 groupes d’entreprises : un cœur de cible rev3 défini par des méthodes alternatives (web scraping (technique d’extraction de données et contenus de sites web fondée sur le développement de programmes informatiques.) versus recherches par mots clés) et un échantillon régional global comprenant les entités spécialisées des cœurs de cible ainsi que celles pour lesquelles la TRI est moins centrale.

Une dynamique créatrice d’emplois ?

Nous observons donc que :

  1. La dynamique rev3 en région est positive tant en nombre d’entreprises qu’en emplois créés. Nous recensons précisément 26 771 entreprises dont les activités relèvent de la TRI, dont 6 182 pour lesquelles la TRI est leur cœur de métier. La dynamique en emplois est forte en particulier pour les entreprises appartenant aux cœurs de cible. Nous recensons 52 174 emplois créés depuis 2013 soit une croissance du secteur de 17,38%. Ce taux de croissance atteint 21,09% dans le cas du cœur de cible. Ce résultat est d’autant plus encourageant que le contexte macro-économique régional, tous secteurs confondus, est défavorable avec une création d’emplois de seulement +26 783 depuis 2013 soit 1,34% (chiffres INSEE, 2021). Par extrapolation, nous estimons le stock d’emplois ETP fin 2018 à 159 000 emplois directs pour l’ensemble des piliers. A titre de comparaison, les scénarii prospectifs de l’Ademe qui portent sur les secteurs du transport, de la rénovation thermique et de certaines énergies renouvelables estimaient la création d’emplois ETP entre 2015 et 2020 à +8 211 salariés soit un effectif de 175 117 fin 2020.
  2. En cohérence avec la démographie des entreprises de la région Hauts-de-France, la majorité des entités liées à rev3 sont situés dans le Nord et le Pas-de-Calais.
  3. En termes de dynamique mesurée par le taux de croissance en emplois, la tendance est essentiellement soutenue par les départements du Pas-de-Calais, du Nord et de l’Aisne sans que cela puisse être imputable aux différences de composition des piliers.
  4. Les piliers sont inégalement représentés dans l’échantillon. Si certains sont identifiables au niveau des données micro tels que les piliers 1 et 2, d’autres ne peuvent être analysés à l’aide des informations signalétiques légales, en particulier le pilier 7-Economie de la fonctionnalité.
  5. Les piliers 6 et 8 sont transverses étant donné qu’ils relèvent davantage de modèles économiques que de secteurs à proprement parler.
  6. Les piliers 1, 2, 3, 6 et 8 sont marqués par un dynamisme accru.
  7. Les analyses sont assorties d’un listing de 49 591 entités classées par pilier et degré d’intégration probable dans rev3 permettant le suivi, la mise en réseau d’acteurs locaux et l’analyse des données micro.
  8. Ce travail jette les bases d’une production de critères favorisant le recensement systématique des entreprises de la région Hauts-de-France concernées par les activités rev3.

En résumé, en 2018, les activités liées à rev3 représentent 6,7% des emplois en Hauts-de-France soit 159 000 emplois. Depuis 2013, le développement des entreprises contribuant à la Troisième Révolution Industrielle (TRI) dont le siège social est situé dans les Hauts-de- France a permis de générer près de 52 000 emplois directs, soit une croissance de +17,4%. Cette dynamique s’apprécie dans un contexte économique régional où la création d’emplois globale est de +1,34%, tous secteurs confondus.  L’analyse des entreprises suivant les critères établis par rev3 révèle que la croissance de l’emploi liée à la TRI est essentiellement tirée par les domaines des énergies renouvelables, des bâtiments producteurs d’énergie, de l’économie circulaire et de l’efficacité énergétique.

Pour découvrir une synthèse de cette étude, cliquez ici : Etude sur lemploi lié à rev3 en Hauts-de-France – final.

Crédit photo : freepik